Baisser le temps de travail et répondre aux besoins sociaux et écologiques

de Michel Husson, économiste

L’emploi est la préoccupation n°1 des Français, et cette inquiétude est justifiée. Le chômage reste à un niveau jamais atteint en France depuis 20 ans. et il n’y a donc pas de véritable « inflexion de la courbe du chômage » Quant aux nouvelles baisses de « charges » annoncées, elles ne créeront pas plus d’emplois que les précédentes. Au contraire, la volonté des entreprises de rétablir leur rentabilité mise à mal par la crise va peser durablement sur les perspectives de l’emploi : même en cas de timide reprise, celle-ci risquerait de se faire sans créations d’emplois.

Cette incrustation du chômage de masse est évidemment le résultat des politiques d’austérité, mais la cause fondamentale du chômage se trouve dans la répartition des richesses : depuis trente ans, l’augmentation du chômage est rigoureusement parallèle à celle des profits financiers, qui ne sont pas investis mais nourrissent la spéculation et les bulles financières.

Première idée : la baisse du temps de travail est, dans l’immédiat et sur longue période, un moyen majeur de créer des emplois. Les chiffres le montrent : les trois quarts des emplois nets créés depuis 40 ans l’ont été durant la période du passage aux 35 heures. C’est pourquoi il faut rétablir une autre répartition des gains de productivité. Au lieu d’être transférés aux actionnaires, ils devraient être affectés, selon une « règle des trois tiers », à la création d’emplois par baisse du temps de travail, à la revalorisation des bas salaires, et à l’augmentation des ressources de la protection sociale. Plutôt qu’une société divisée entre stressés du travail, précaires et chômeurs, il faut aller vers une société du temps libre où tout le monde travaille, mais moins. C’est la condition nécessaire à une division des rôles plus égalitaire entre hommes et femmes, ainsi qu’à l’exercice réel de la citoyenneté.

Deuxième idée : il faut renverser le lien entre activité économique et emploi. Aujourd’hui, la possibilité de créer des emplois est soumise au seul critère de rentabilité. Donnez nous les moyens d’être compétitifs (lire rentables) et le reste (l’emploi) vous sera donné de surcroît. Une véritable révolution copernicienne est nécessaire : la société doit collectivement déterminer ses besoins, choisir ses priorités, et créer ensuite des emplois là ils seront le plus utiles, en utilisant ainsi pleinement ses capacités.

L’objectif est que tout le monde soit employé de la façon la plus efficace, en mesurant cette efficacité par l’utilité sociale et non par la rentabilité dégagée.

L’intervention publique est ici décisive, pour favoriser cette adéquation des ressources de main-d’œuvre aux besoins : éducation, santé, dépendance, services à la personne, investissements écologiques, etc…

Aucune amélioration sur le front de l’emploi n’est donc possible sans mise en cause de la répartition des revenus, car la montée du chômage est l’autre face d’une répartition de plus en plus inégalitaire. Si les dividendes versées par les entreprises représentaient la même proportion de leur masse salariale qu’il y a 30 ans, ils seraient inférieurs de 60 milliards, ce qui équivaut à 2 millions d’emplois (payés au salaire médian, cotisations sociales incluses). De même, les allégements de cotisations sociales, dont les évaluations les plus gonflées chiffrent l’impact à 400 000 emplois créés ou préservés, permettraient si on les recyclait de rémunérer près d’un million de salariés.

Toute politique d’emploi ambitieuse doit donc s’appuyer sur des mesures visant à dégonfler les rentes financières et à refiscaliser les revenus du capital.

Deux mesures immédiates permettraient de débloquer la situation de l’emploi :

  • passage effectif aux 35 heures avec embauches correspondantes, puis avancée vers les 32 heures.
  • créations d’emplois socialement et écologiquement utiles dans le secteur public au sens large (fonction publique, collectivités territoriales, associations).

Il s’agit bien d’enclencher une dynamique de transition vers un autre modèle de développement mais il faut aussi, dans l’immédiat, construire un bouclier social contre les effets de la crise. Cela passe par la revalorisation des minimas sociaux et par la mise en place d’un statut du salarié assurant la continuité du revenu et des droits.

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